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JOSÉ MARÍN Tonos Humanos

  • Montserrat Figueras
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Dans la Péninsule Ibérique au XVIIème siècle, on chantait une grande variété de danses et on y dansait aussi beaucoup de romances et villancicos. Les génies de notre littérature et de notre théâtre -de Juan del Enzina à Calderón de la Barca, en passant par Miguel de Cervantès et Lope de Vega- nous ont légué avec leur loas, entremeses, comedias et bailes, un merveilleux répertoire “riche de villancicos, coplas, seguidillas y zarabandas”. On y dansait “hasta molerse el alma” (“jusqu’à s’en moudre l’âme”- La Entretenida) et on y “cantaba con tal donaire” (“chantait avec une telle grâce” – La Gitanilla), que “suspendían los sentidos y los ánimos de cuantos los escuchaban” (quiconque les écoutait en avait les sens et l’esprit en haleine – Persiles y Segismunda). Le Prince des Génies, Miguel de Cervantes, nous explique dans la Gitanilla comment la Preciosa chantait et dansait au son du tambourin et des castagnettes “por ser la danza cantada” (“car la danse était chantée”) et comment elle s’accompagnait de “unas sonajas, al son de las cuales dando en redondo largas y ligerisimas vueltas cantó el romance” (“sonajas au son desquelles elle chantait la romance, tournant sur elle-même par des virevoltes majestueuses et fort légères”).

La conjonction historique et sociale de l’époque rend possible la réunion d’une grande diversité d’influences se reflétant dans la pratique musicale quotidienne, des plus populaires au plus courtisanes, ce qui nous permet de mieux mesurer les différentes manières, qualités et façons de chanter. C’est Cervantes lui-même qui nous décrit comment Feliciana de la Voz “soltó la voz a los vientos y cantó” (projeta sa voix dans les airs et chanta – Persiles y Segismunda), et également comment Escalante chantait des seguidilles “con voz sutil y quebradiza” (d’une voix subtile et délicate – Rinconete y Cortadillo). De même, Lope de Vega dans “Le voyage de l’Ame” suggère qu’elle “tañe, canta, come y bebe, salta y corre, danza y baila” (elle joue, chante, mange et boit, saute et court, danse et tourne). Lucas Fernández dans une Comédie affirme “Aballemos, que cantando nos iremos ¿qué cantar quieres cantar? uno que sea de bailar” (Allons, nous partirons en chantant, Quelle chanson veux-tu chanter? Une qui soit à danser.) Et finalement Cervantes à nouveau dans “Don Quichotte de la Manche” quand il fait dire à Altisidora: “no quería que mi canto descubriese mi corazón” (“je ne voulais pas que mon chant découvre mon coeur”) tandis que dans “La Entretenida” il fait l’éloge de “la barbera que canta por el cielo y baila por la tierra” (la barbière qui chante pour le ciel et danse pour la terre).

La force poétique et musicale des siècles passés s’est perpétuée à tous les niveaux, y compris les plus populaires, car il est évident à travers les témoignages littéraires que les chanteurs du XVIIème siècle connaissaient les villancicos et romances anciens (sur Gaiferos et Melisanda, Durandarte, el Conde Claros, Dos Anades, Madre la mi madre, Tres Morillas, etc..) et ils possédaient également les techniques de l’improvisation et de l’ornementation “haziendo garganta” (en se “faisant la gorge” ) – techniques utilisées durant tout le XVIIème siècle dans le répertoire pour voix et vihuela: Milán, Narváez, Mudarra etc..-. Tout ceci contribua à l’évolution et la consolidation d’un patrimoine musical particulier d’une vitalité et d’une beauté extraordinaires.

La majorité des Tonos Humanos de José Marín, sélectionnés pour cet enregistrement ont été composés sur des Pasacalles, Canarios, Españoletas, Jácaras, Paradetas et Zarabandas et, dans tous les cas, Marín réussit à ce que le chant soit nourri par ce que le texte poétique suggère, sans renoncer à la vitalité de la danse. Les gloses improvisées et les variations “galanas”, réalisées ex tempore tant par la voix que par les cordes pinçées de la guitare et de la harpe et par les subtiles percussions des tambours et des castagnettes, nous amènent à un moment privilégié de la musique ibérique, dans lequel l’esprit des anciens se mêle et se combine aux influences les plus novatrices, au sein même d’une culture multiethnique et toujours à l’écoute de l’âme de ses peuples.

MONTSERRAT FIGUERAS
Bellaterra, Janvier 1998

AVSA9802